Sang. Cogne. Maintenant.
C'est ce qu'on dit quand le Cri-Bray sonne. Le Cri-Bray a sonné il y a deux saisons. Orghuz Trois-Cornes a soufflé. La Pierre-Tribu de la Marche-du-Nord a tremblé, et nous avons levé.
Je suis Vrek, Bray-Chaman. Treize Marques sur le corps. La Voix-du-Chaos parle dans mon dos. C'est moi qui dicte. L'humain Doigt-Mou qui transcrit est captif. S'il se trompe, je le mange. Il ne se trompe pas.
Nous sommes les Cornus. Les Hommes-Bêtes des forêts. Nés du Chaos, vivant pour le sang. Pas de passé. Pas de futur. Le maintenant, c'est tout. Quand la Marque pousse, on suit. Quand la corne sort, on cogne. Quand le sang coule, on mange. C'est ainsi depuis avant la mémoire des autres peuples. C'est ainsi tant que la Voix-du-Chaos parle.
À l'Effondrement, le Voile creva, et nous sommes tombés à travers en troupeau. Les forêts d'Aldémoros nous convenaient — humides, denses, sans civilisation à l'intérieur. Nous nous sommes répandus. Marches du Nord. Vermont. Lisières de la Forêt-Mère. Bois-corrompus. La Pierre-Tribu de chaque Horde grandit dans son foyer ; les Marques se gravent dessus ; les nouvelles Marques poussent. Le bois sait.
La Voix-du-Chaos n'a pas de nom. On ne la nomme pas. On l'écoute. Trois aspects la traversent : la Faim, la Mutation, le Sang. Trois. C'est tout. Ceux qui ajoutent un quatrième s'égarent. Les Bray-Chamans sont ceux que la Voix a touchés trop fort pour qu'ils survivent comme guerriers ordinaires. Nous traduisons. Nous hurlons. Nous nous mangeons quand l'autre se trompe. C'est notre place.
Les Sylvestrins sont en lisière. Ils gardent. Nous chassons. Pas de paix possible. Plus loin, les Doigt-Mou de l'Empire montent la garde dans leurs forteresses-rune ; les Doigt-Mou d'Albion dans leurs châteaux-pierre. Encore plus loin, les Veillants des sables, les Sauriens des jungles. Nous les avons tous goûtés. Aucun n'a goûté bon longtemps.
Orghuz Trois-Cornes a sonné le Cri-Bray il y a deux saisons. Une Grande Chasse rallie depuis. Douze Hordes. Treize. Quatorze à la nouvelle lune — bientôt on ne comptera plus. Le bois-corrompu pousse derrière nous : la Voix-du-Chaos est plus forte là-bas depuis quelques saisons, et elle nous pousse vers le sud. Vers la Forêt-Mère. Vers les Sylvestrins en lisière. Vers Albion qui prie sa Souveraine et qui n'a pas idée. La Horde monte. La Horde se répandra sur le monde. La Horde se peindra de leur sang — Sylvestrin, Albéen, Impérial, Veillant, Saurien, Doigt-Mou tous mêlés sur nos cornes jusqu'à ce que le bois lui-même soit rouge. Sang. Cogne. Maintenant. La Marque pousse.