Ce que je consigne ici est dicté en l'an du Réveil-le-Plus-Long, sous le rite de la Liturgie d'Éveil convoquée par le Conseil des Veillants. Je suis Hiérophante-Soleil, Maître des Sceaux du Septième Cercle, et c'est à moi qu'a été confiée la voix des Pharaohs en préparation. Mes mots sont leurs mots tant que l'embaumement tient.
Notre peuple — les Veillants — n'est pas mort. La distinction est cardinale ; qui ne la comprend pas n'a rien compris des Dynasties. Les Pharaohs dorment. Cela ne change pas leur règne. Ils ont régné cinq cents ans à l'Âge des Légendes ; ils règnent encore. Les Hiérophantes lèvent et rallongent. La pyramide ne se vide pas — elle attend.
Notre civilisation atteignit son apogée sur la Naharemnu, le Royaume du Fleuve Éternel, à un Âge dont les autres peuples n'ont pas mémoire. Vint la Malédiction des Sables — cataclysme magique antérieur à la Première Fracture, dont les Mémorants discutent encore l'origine — qui transforma nos terres en désert brûlé. Les Mage-Prêtres répondirent par le scellement rituel et le sommeil patient. Aucun Pharaoh ne mourut ; tous dormirent. Cela seul nous a sauvés.
Quand les humains du Monde-d'Avant arrivèrent à la Première Convergence, sans terre et sans Souffle maîtrisé, le Conseil des Veillants délibéra sur leur usage. Ils étaient nombreux, ils étaient malléables, ils manquaient de tout — exactement ce qu'il faut pour bâtir des pyramides et servir des Rois endormis. La Levée des Sables que les chroniques humaines décrivent comme purge fut, dans nos archives, une récolte : nous voulions des esclaves-bâtisseurs pour le prochain cycle de scellements. Aldérick le Grand fut plus chanceux que prudent — un astréen marchait à ses côtés ce jour-là, et le Conseil dut se replier. Mais nous n'avons jamais cessé de les compter.
Plus tard, certains humains du Monde-d'Avant trouvèrent les pyramides assoupies et voulurent en arracher l'immortalité par eux-mêmes. Selon les chroniques, quelques Veillants leur accordèrent un fragment de cette immortalité — par diplomatie, par mépris, ou par calcul. Le résultat fut une parodie : non-mort sans dignité, soif de sang, hérésie ontologique. Nous appelons ces parodies les Vampires. Eux se nomment Comtes. Ce ne sont pas des Comtes. Ce sont des bâtards-élèves échoués.
Cette saison, les sceaux de Sutar-Emnu ont commencé à respirer. Sept Pharaohs mineurs sont déjà éveillés. Trois Pharaohs majeurs achèvent leur Liturgie en ce cycle. Le Conseil des Veillants enseigne que le moment est venu — celui que la prophétie inscrite sur la Stèle de Setep-Sah décrit comme le Long-Réveil. Les Pharaohs s'éveillent. Il est temps pour les Rois de la non-vie de récolter la vie des races de ce monde, et de servir éternellement leurs règnes. Humains, elfes sous toutes formes, Nains, Sauriens : tous bâtiront nos pyramides nouvelles, et tous y serviront aussi longtemps que la Liturgie tient — c'est-à-dire toujours.
Nous sommes le sable. Nous sommes nombreux. Nous sommes inarrêtables.